Elle dort. Son sommeil à l'air agité, son visage devient grave, elle fronce les sourcils, se tourne et se retourne en serrant la couverture contre elle et finalement se réveille en sursaut. Elle ne me vois pas, haletante, jure et se laisse retomber sur les coussins en soupirant. J'espérai intérieurement qu'elle se rendorme, je priais silencieusement, dissimulé habilement dans sa chambre aux murs vierges, parfaitement rangée. Une chambre terriblement ordonnée pour une adolescente. Cette dernière ferma les yeux quelques secondes, sa respiration ralentis, puis elle les rouvrit, visiblement exaspérée. Ses pieds frôlèrent le tapis pelucheux beige tandis qu'elle se dirigeait vers la porte d'un pas endormi...ou peut être pas...Elle semblait habituée aux nuit sans sommeil. J'entendis un grand fracas au rez-de-chaussée et me risquai en dehors de la chambre. Je sautai souplement au dessus de la rambarde pour atterrir sans bruit derrière elle. Le froissement de l'air la fit se retourner mais je n'étais déjà plus là. Jetant rageusement des cahiers de part et d'autre de la pièce, elle semblait ne pas réussir à se décider de quoi faire pour passer le temps et s'affala sur son canapé en soufflant son ennui.
Je la trouvais amusante cette petite humaine aux cheveux ébouriffés par son récent cauchemar, vêtue d'un simple pantalon de sport en velours mauve et d'un débardeur assorti. Petite humaine si fragile, elle ne se doutait pas que je rodais chez elle, elle ne savait pas quelle créature l'observait depuis tout ce temps.
Finalement, elle remonta dans sa chambre et saisit son sac de cours pour le balancer sur son lit avant de s'y installer en tailleur. Elle ouvrit quelques cahiers, les feuilleta, puis les referma aussitôt, peu encline à travailler cette nuit là. Elle se releva, pensive, et retira un drap masquant plusieurs tableaux de toutes tailles. J'avais déjà repéré les croquis éparpillés sur son bureau, elle dessinait admirablement bien divers personnages sûrement sortis tout droit de son imagination ou bien empruntés à la rue lors des heures de pointe. A mon plus grand étonnement, je ne perçu aucun visage, aucun corps sur les toiles. Elle avait saisit ses pinceaux avec soin, et sans hésitation, mélangea les couleurs sur une vulgaire pochette en plastique qui, au vues des restes de peinture superposées, était souvent utilisée dans ce but. Son pinceau dessinait des flammes grotesques par de légers à coups. Curieux, je me glissai derrière elle et l'observai. Je ne m'étais jamais intéressé ni à la peinture, ni au dessin, ni même à l'art tout court, mais elle libérait quelque chose de serein, d'apaisant dans ses gestes et sa façon d'être quand elle peignait.
Ses yeux étaient mi clos et son bras se dirigeait tout seul, comme possédé. Il n'y avait que des paysages dans sa peinture.
Croyait elle que le visage humain ne méritait pas ces contours flous et étalé avec de la pâte plus ou moins épaisse et colorée ?
Ou alors ces corps n'étaient à ses yeux que des croquis inanimés, même dans la réalité ?
Rapprochant mon visage du sien je l'observai encore mieux. Elle était sereine et respirait calmement. C'est alors que je compris : elle peignait tous les rêves qu'elle ne pouvait faire, elle s'évadait pendant la nuit dans ces paysages fantasmagoriques et tous ces tableaux étalés représentaient chaque nuit, chacun de ses rêves d'insomniaque.
Elle ne me sentait toujours pas, pourtant si proche d'elle. Je pouvais presque la toucher, elle, si blanche et innocente.
Soudain elle s'arrêta, comme bloquée, et, les sourcils froncés, elle chercha ce qui manquait à cette peinture inachevée.
Reculant, je me posais silencieusement sur le lit blanc, immaculé, un léger sourire aux lèvres. Je n'avais jamais peint et je ne peindrais jamais, mais je savais...
De dos, je la voyais croiser les bras, ses pinceaux dégoulinant sur le sol sans qu'elle y prête attention, puis les décroiser, hésiter sur une couleur, renoncer, et au bout de quelques minutes, je lui lançai :
« Je sais ce qu'il manque à ton rêve... »
Elle bondit, virevolta, et ses grands yeux de biche apeurée me toisèrent. Sa jolie petite bouche s'ouvrit lorsqu'elle me reconnu sans qu'aucun son ne s'y échappe. Peut être ne savait elle pas quelle question poser en premier... Comment étais je entré ici ? Depuis quand ? Pourquoi ?...
Je me levai d'un pas félin et me penchai vers elle, résolvant mentalement toutes ses interrogations, du moins, la plus importante, celle concernant ma nature et son futur immédiat.
Sans prêter attention à ses yeux écarquillés par la terreur je lui soufflais, juste pour elle :
« C'est le sommeil.. »
A présent, elle paraissait plus détendue, affrontant l'inévitable avec un léger sourire mêlé d'ironie et de fatalité. Plongeant mes yeux dans les siens, je glissai ma main derrière sa tête, ses cheveux coulant sur les doigts, l'autre main ancrée sur sa taille et je l'entraînai vers le lit pour accomplir sa dernière volonté, muette. Seul le bruit des pinceaux brisa le silence qui s'était installé entre nous, son corps, totalement détendu, se fondit contre le mien alors que mes lèvres se posèrent doucement contre sa gorge dans un ultime baiser. Je songeai au sommeil éternel que je lui offrais avant d'y planter mes crocs.
« Pourquoi ? » Me demanda t'elle, agonisante.
Emporté par son flux sanguin je ne répondis pas. Elle eu un dernier sursaut et enfin, sa tête roula sur les oreillers. C'était finit. Avant de partir je jetai un dernier regard au corps, elle semblait dormir paisiblement si on omettait la petite tache de sang au niveau de son cou.
« Pourquoi ? » Cette ultime question tourna dans mon esprit sans que j'y trouve de réponse. Sa voix agonisante m'accompagna sur le chemin du retour, me harcela dans mon lit alors que je tentais de dormir pendant que le soleil se levait. « Pourquoi ? » « Pourquoi ? »
-Tais toi ! Grognais je.
Furieux, je me levai et marchai en rond dans ma chambre puis me recouchai sans jamais trouver le sommeil.
Finalement, je me mis à fouiller dans mes tiroirs à la manière d'un automate pour y dénicher un pinceau poussiéreux et quelques tubes de peinture. Je n'avais pas de toile mais les murs immaculés feraient l'affaire puisque je savais que je ne dormirais plus jamais désormais...
Note de l'auteur:
Nyaa! >.< je suis vraiment fière de la chute! Je l'ai cehrchée pendant des semaines et puis finalement, c'est venu tout seul...^^ j'èspère qu'elle va vous plaire (elle à été finie en math XD)